Il y a des noms de lieux qu'on prononce sans plus les entendre. À Saint-Leu, le Parc 20 Désanm en fait partie : on y passe, on s'y gare, on y emmène marmay. C'est là que le Blues Maron Festival devait poser, début octobre, trois jours d'une musique qui raconte exactement ce que ce nom veut dire.
Deux musiques nées du même refus
Le Blues Maron Festival tient sa troisième édition, et son propos tient en une rencontre. D'un côté le maloya, héritier des chants des personnes mises en esclavage, longtemps pratiqué à l'écart des scènes officielles avant de s'imposer au grand jour dans les années 1970. De l'autre le blues, monté des plantations du Mississippi. Deux musiques inventées par des gens à qui on avait tout pris, et qui ont trouvé dans le rythme un endroit où rester libres.
Le nom du festival le dit à voix basse : maron, comme marronnage — celles et ceux qui montaient dans les hauts pour ne plus redescendre. Sur scène, les deux familles devaient se répondre : le Guinéen Moh! Kouyaté et son blues mandingue, Othman Wahabi et son afro-blues, aux côtés d'artistes péi.
L'édition Saint-Leu est reportée
Le désistement soudain d'un partenaire majeur a compromis l'organisation des dates prévues à Saint-Leu. L'équipe du festival a fait le choix de reporter ce volet à une date ultérieure, plutôt que de le tenir dans de mauvaises conditions. Aucune nouvelle date n'est fixée à ce jour — le festival annoncera les modalités pratiques dès qu'il les aura arrêtées, et klf mettra cet article à jour à ce moment-là.
La tournée « Blues Maron An Vavang' » continue, elle
Les concerts programmés ailleurs sur l'île, eux, sont maintenus. Trois rendez-vous confirmés en octobre :
- Vendredi 2 octobre, Salle Guy Agénor, La Plaine-des-Palmistes — Soba Blues et Flambola, avec le Bisik.
- Samedi 3 octobre, 20 h, Théâtre des Sables, L'Étang-Salé — Soba Blues et TaniaMa, 18 €, durée 2 h 15.
- Vendredi 9 octobre, 20 h 30, Le Kerveguen, Saint-Pierre — The Brooks et Tinom Lélé, 20 € (12 € tarif réduit).
Le Bisik, la salle de Saint-Benoît, est en travaux : sa programmation tourne depuis des mois dans des lieux partenaires, d'où ces deux premières dates hors les murs.
🔥 Pourquoi ce parc, et pas un autre
Le Parc 20 Désanm porte une date : le 20 décembre, jour où l'abolition de l'esclavage a été proclamée à La Réunion, en 1848. C'est la fête la plus importante de l'île, et elle a donné son nom à ce parc de Saint-Leu. Autrement dit : quand le Blues Maron Festival y posera ses trois jours, ce sera un festival qui célèbre deux musiques nées de l'esclavage, dans un lieu qui porte la date de sa fin. Personne ne t'obligera à le remarquer en achetant ton samoussa — mais une fois que tu l'as vu, tu ne l'oublies plus.
En attendant une nouvelle date pour Saint-Leu, le Bisik change de salle à chaque date tant que la sienne est en chantier — sa fiche sur klf te dit où il joue la prochaine fois, et tu peux t'y abonner pour ne plus avoir à courir après l'info. Pour tout le reste de ce qui bouge au péi, c'est dans l'agenda.
Photo : Soba Blues — Guillaume SAIX.
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