À 700 mètres d'altitude, entre deux remparts au-dessus de Saint-Denis, l'Îlet à Guillaume a des allures de lieu secret. Le site garde pourtant une histoire que beaucoup de Réunionnais.es ignorent encore : celle d'une colonie pénitentiaire pour enfants.
Une prison sans barreaux
En 1863, quatre missionnaires acquièrent un terrain sur l'îlet. La colonie, tenue par les spiritains (la congrégation du Saint-Esprit), y accueille ses premiers jeunes détenus en 1864. Ce sera la seule colonie pénitentiaire agricole de l'île. Plus de 3 000 enfants y sont envoyés : des enfants jugés vagabonds, petits voleurs ou rebelles, que l'on prétendait « redresser » par le travail.
Cultures, forge, scierie, basse-cour : les enfants travaillent pour faire vivre la colonie. Ils construisent aussi des routes, un pont et même une église. Des conditions de vie « excessivement difficiles », rarement dénoncées à l'époque, rappelle le Département de La Réunion. La fermeture est décidée en 1871 ; elle devient définitive en 1879.
Le site est inscrit au titre des monuments historiques depuis 2008. Depuis octobre 2020, le Département y mène une étude archéologique avec l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), qui a cartographié le plateau et dégagé les murs des anciens bâtiments.
Deux îles, deux bagnes, un opéra
C'est cette histoire que l'association Amadeus porte sur scène avec « Les bagnes d'enfants : d'Îlet à Guillaume aux enfants du Levant ». L'opéra s'appuie sur « Les Enfants du Levant » d'Isabelle ABOULKER (livret de Christian EYMERY, d'après le roman de Claude GRITTI), consacré à une autre colonie pour enfants, sur l'île du Levant, au large de Toulon. L'adaptation fait dialoguer les deux histoires, en créole et en français : le texte créole est signé Patrice TREUTHARD (Lofis la lang kréol La Rényon), avec le concours de l'historienne Véronique BLANCHARD, dans une mise en scène de Véronique ASENCIO.
Chant lyrique, théâtre, danse et poésie s'y mêlent. Une première série de quatorze représentations a déjà été jouée, notamment au Lazaret de la Grande Chaloupe.
Une mémoire portée par les jeunes
Ce sont les jeunes de la compagnie qui racontent. Fondée il y a plus de 25 ans, présidée par Paul MAZAKA et dirigée artistiquement par Lydie RODRIGUEZ-GÉRAUD, l'association Amadeus ouvre ses ateliers de chant, de théâtre, de danse, de cirque, de poésie et d'arts visuels sans sélection ni audition. Plus de 800 enfants y ont été formé.e.s et quinze spectacles y ont été créés, dont « Amen Amwen » (2022), sur les violences intrafamiliales, et « Rose & Rose » (2024), sur le harcèlement scolaire.
Le projet ne regarde pas seulement le passé. Il pose une question d'aujourd'hui : comment protéger et accompagner les enfants les plus fragiles plutôt que les punir ? Des rencontres et des ateliers sont prévus avec des jeunes suivi.e.s par la Protection judiciaire de la jeunesse.
Les prochaines dates
- TEAT Plein Air : 9 décembre, 20 h
- Cité des Arts : 9 février, 20 h
- TEAT Champ-Fleuri : 12 mars, 20 h
La tournée passera ensuite par le Casino de Paris, le 25 mars 2027.
Sources : dossier de presse de l'association Amadeus (2026) ; Imaz Press, « Ilet à Guillaume : l'étude archéologique se poursuit dans l'ancien pénitencier pour enfants », 27 janvier 2021 ; magazine Azurya, « Les enfants d'Îlet à Guillaume, ou l'art de faire chanter la mémoire ».