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Le bal la poussière : le nom venait du sol, et les marmay tenaient les seaux

On dansait sur la terre battue, et entre deux morceaux les enfants arrosaient le sol pour que l'air reste respirable. Retour sur les bals lontan — et sur celui qui rouvre la parenthèse au MADOI le 30 août.

lL'équipe klf 22 août 2026 3 min de lecture

Imagine une cour en terre battue, un soir de fin de semaine, quelque part dans les hauts. Pas de scène, pas de projecteurs : juste un orchestre en cuivre installé sous une varangue, des femmes en robe, des hommes en chemise repassée, et tout un quartier qui vient danser. Au bout de trois morceaux, un nuage monte à hauteur de genou. Ce nuage-là a donné son nom à la fête : le bal la poussière.

Le nom vient du sol, pas de la musique

On dansait pieds nus ou en savates, directement sur la terre. À force de taper la mesure, la poussière se levait et enveloppait tout le monde. Personne n'avait décidé d'appeler ça comme ça : c'est le sol qui a nommé le bal. Ces soirées ont animé les quartiers réunionnais jusque dans les années 60-70, à une époque où les distractions étaient rares et où une fête se préparait des semaines à l'avance.

Et le travail des marmay dans tout ça

Il y avait un poste tenu par les enfants, et il était essentiel : entre deux danses, marmay arrivaient avec des seaux pour mouiller le sol et rabattre la poussière. Sans eux, l'air devenait vite irrespirable et le bal s'arrêtait. Personne ne les remerciait sur une affiche, mais c'est en partie grâce à eux que la nuit tenait jusqu'au bout.

Ces bals ont disparu, remplacés par les soirées d'aujourd'hui. Mais l'envie de danser ensemble, elle, n'a pas bougé — et de temps en temps, un lieu au péi rouvre la parenthèse. Le dimanche 30 août, c'est le MADOI, à Saint-Louis, qui s'y colle : un bal lontan dans la cour du domaine de Maison Rouge, avec l'orchestre Soul Bic'Brother, en écho à l'exposition consacrée au mobilier des années 1930-1950. Les organisateurs invitent celles et ceux qui le souhaitent à venir habillé.e.s comme à l'époque.

📍 Le pratique
Bal lontan au MADOI — Soul Bic'Brother. Dimanche 30 août 2026, de 14h à 16h. MADOI — Domaine de Maison Rouge, 17A chemin Maison Rouge, 97450 Saint-Louis. Tarif : prix d'entrée au musée, 5 € (2 € en tarif réduit). Sans réservation. Visite libre de l'exposition « Les Années Art Déco à La Réunion — Le mobilier de 1930 à 1950 ». Renseignements : 0262 91 24 30.
✨ Le petit plus
Dans un bal la poussière, on n'invitait pas une femme à danser en tendant la main : on lui présentait son mouchoir. L'orchestre, lui, tenait la soirée à l'accordéon, au saxophone, à la clarinette, à la batterie et au banjo — et le répertoire passait du séga lontan au quadrille, en s'arrêtant par la valse musette, le tango et le cha-cha-cha.

Si tu veux vivre ça une fois dans ta vie, celle-ci est une bonne porte d'entrée : c'est en journée, c'est le prix d'une entrée de musée, et tu peux y venir ek marmay. Prends une tenue confortable — même sur un sol propre, deux heures de bal, ça se sent dans les jambes le lendemain.

Toutes les dates du lieu au fil de l'année sont sur la page du MADOI sur klf : ajoute celles qui te tentent à ton agenda, tu ne les rateras pas.

Photo : bâtiment principal du domaine de Maison Rouge, à Saint-Louis — © Thierry Caro (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0).

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