Wopé ! Il y a des festivals qu'on résume en une affiche et une tête d'affiche. GAYAR, non. Du vendredi 2 au dimanche 4 octobre, le Parc du Colosse, à Saint-André, se remplit pendant trois jours de musique, d'artisanat, de cuisine, de théâtre, d'arts visuels, de littérature, de fonnkèr et de ron kozé. C'est gratuit, du premier au dernier jour. Sur l'affiche, une phrase tient lieu de programme : « Mi yinm mon péi ! » Et cette année, le fil qui traverse tout, c'est la famille — ce qui se passe d'une génération à l'autre. On l'a pris par quatre bouts.
En créole réunionnais, gayar est un adjectif qui veut dire « super, extraordinaire, chouette ». Il vient tout droit du français « gaillard » — au départ « vigoureux, robuste » — et il a glissé, au péi, vers un mot d'appréciation qui sert à peu près à tout : une voiture, une soirée, une personne. Il sert même pour la météo : « lé tan lé gayar », il fait beau ; « lé tan lé pa gayar », mieux vaut rester à la maison. Un festival qui s'appelle GAYAR, c'est donc, littéralement, un festival qui s'appelle « bien ».
1. La marraine n'a pas eu à réviser le sujet
Quand une édition se place sous le signe de la transmission et de la famille, il y a deux manières de choisir sa marraine. La première, c'est de prendre un nom qui remplit le parc. La seconde, c'est de prendre quelqu'un pour qui le thème n'est pas un thème, mais une biographie. Cette année, la marraine de GAYAR, c'est Votia.
Derrière le nom du groupe, il y a une voix : celle de Marie-Claude Philéas. Un maloya de l'Est, puissant et rythmé, des polyphonies, des percussions, des influences africaines et indiennes, et des textes chantés en créole et en malgache. Chez elle, la musique est une affaire de famille au sens le plus direct du terme : elle est la fille de Gramoun Lélé. Elle n'a pas appris le maloya dans un conservatoire, elle l'a entendu à la maison avant de savoir ce que c'était.
C'est ce qui rend le choix intéressant. Sur une affiche, on lit « marraine » et on pense parrainage. Ici, le mot dit plutôt ce que le festival essaie de raconter pendant trois jours : que la culture réunionnaise ne se conserve pas dans une vitrine, elle se passe de main en main, dans des cuisines, des cours, des kabar, et que ça continue de marcher. La transmission, dans son cas, ce n'est pas un axe de programmation. C'est ce qu'elle fait depuis toujours, en le disant à voix haute : son fil conducteur, elle le formule elle-même comme un devoir de mémoire envers les jeunes générations.
De son vrai nom Julien Ernest Philéas, Gramoun Lélé naît le 28 février 1930 à Saint-Benoît, dans le quartier de Bras-Fusil, et meurt le 14 novembre 2004. Il est considéré comme l'un des plus grands artistes réunionnais, et l'un des artisans du réveil du maloya — cette musique longtemps tenue à l'écart avant de devenir l'emblème qu'on connaît. Là encore, tout s'est joué en famille : il a porté ce répertoire avec ses enfants, dont Marie-Claude. Autrement dit, la marraine de l'édition 2026 est arrivée jusqu'à la scène du Colosse par exactement le chemin que le festival met à l'honneur cette année.
2. Le vendredi, le parc devient une école à ciel ouvert
C'est le volet dont on parle le moins et qui dit sans doute le plus de choses sur l'esprit de la chose. La première des trois journées s'appelle Lékòl GAYAR, et elle est réservée aux marmay, aux scolaires et aux familles. Pas un coin enfants installé au bord d'une grande fête d'adultes : une journée entière, le parc entier.
Lors de la précédente édition, le programme de cette journée annonçait des ateliers de découverte autour de la langue créole, du maloya et des instruments traditionnels, de l'histoire et de la géographie de l'île, une initiation à la radio, des rencontres avec les artistes et du spectacle vivant. L'idée tient en une phrase : donner aux jeunes de quoi mieux lire leurs propres racines. Pour 2026, l'organisation annonce à nouveau « Lékòl GAYAR et la transmission pour nos jeunes » comme l'un des piliers des trois jours.
Ce qu'il faut comprendre si tu viens ek marmay : le vendredi n'est pas la journée « en attendant que ça commence ». C'est probablement la meilleure des trois pour venir en famille, avec le calme en plus. Un enfant à qui on met un roulèr entre les mains à sept ans, c'est un adulte qui saura de quoi on parle à trente. C'est lent, ça ne se mesure pas, et c'est exactement le genre de chose qu'un festival gratuit peut faire mieux qu'un dispositif officiel.
3. Plus de 120 exposants — et une cuisine qui compte autant que la scène
L'affiche officielle annonce plus de 120 exposants. C'est le vrai volume du festival, et c'est ce qui le distingue d'un plateau de concerts : la scène n'est qu'un morceau de ce qui se passe. Sur la même affiche, les disciplines sont listées à égalité — musique, artisanat, cuisine, théâtre, arts visuels, kabar défilé, littérature, fonnkèr, ron kozé. La cuisine n'est pas en bas de la liste comme une buvette : elle est dedans, au même titre que le reste. Le riz chauffé, ici, fait partie du patrimoine au même rang qu'un morceau de maloya.
Derrière ces 120 stands, il y a des gens dont c'est le métier ou la passion, et qui préparent ça longtemps à l'avance. Pour l'édition précédente, l'organisation publiait son propre décompte : le détail donne une idée assez juste de ce que représente un tel village. On y croise des artisan.e.s qui vendent ce qu'ils fabriquent, des associations qui tiennent une table toute la journée, des éditeur.rice.s, des gens qui font goûter.
Pour l'édition précédente, l'organisation recensait : 80 artisan.e.s, 30 conteur.se.s, 30 musicien.ne.s et 26 auteur.e.s. Soit près de 170 intervenant.e.s — et c'est un chiffre qui compte les personnes, pas les stands. Regarde bien la répartition : les artisan.e.s sont presque trois fois plus nombreux.ses que les musicien.ne.s. Pour un événement que beaucoup rangeraient spontanément dans la case « festival de musique », ça remet les proportions à l'endroit.
Si tu es pro dans le coin — restauration, hébergement, boutique, activité de loisirs — trois jours comme ceux-là, c'est du monde qui se déplace dans l'Est, souvent en famille, souvent sans avoir rien prévu, et qui décide sur son téléphone en marchant. La règle ne change pas : mieux vaut une information juste à trois endroits qu'une belle page jamais mise à jour. Tes horaires réels de ces trois jours, sur tes réseaux et sur ta fiche d'annuaire klf, et l'essentiel est fait.
4. Derrière la fête, une liste de logos qui raconte le territoire
Un festival gratuit pendant trois jours, avec 120 exposants, ça ne tient pas tout seul. GAYAR est présenté par la Ville de Saint-André et l'association Komkilé : c'est écrit tout en haut de l'affiche, avant même le nom du festival, et c'est un attelage qui dure depuis plusieurs années.
Le bas de l'affiche, lui, se lit comme une carte du territoire. On y trouve le Ministère de la Culture, l'Académie de La Réunion, la Région Réunion, la CIREST, la Ville de Saint-André, l'association Komkilé, et côté médias Capital FM et Réunion La 1ère. La présence de la CIREST n'a rien d'anecdotique : c'est l'intercommunalité qui réunit les six communes de l'Est — Saint-André, Saint-Benoît, Bras-Panon, Sainte-Rose, Salazie et la Plaine des Palmistes — et le territoire le plus étendu de l'île. Quant à l'Académie de La Réunion, sa présence dans la liste éclaire le sens du vendredi scolaire : Lékòl GAYAR n'est pas une animation, c'est une journée pensée avec ceux dont c'est le métier.
Il y a aussi un volet qu'on n'attend pas forcément dans un parc : le salon du livre, annoncé parmi les rendez-vous de 2026. Il y a une raison de le prendre au sérieux : l'an dernier, c'est au festival qu'ont été présentés les finalistes du prix Agnès Gueneau du livre de l'année. Un festival de rue qui accueille un prix littéraire, ce n'est pas si courant.
Lancé en 2023, ce prix porte le nom d'une figure disparue de la culture créole et récompense celles et ceux qui portent haut la voix réunionnaise. En 2025, sous la présidence de Monique Séverin, il a été attribué à Patrice Threutard, pour son travail de défense et de transmission de la langue créole — et il a été remis en direct sur Capital FM, l'une des radios partenaires du festival. Un prix qui se décerne à voix haute, à la radio, pour un livre écrit en créole : difficile de trouver plus cohérent avec l'esprit du lieu.
Alors, ti bouge ankor ?!
Si tu ne retiens que trois choses : c'est du 2 au 4 octobre, c'est au Parc du Colosse à Saint-André, et ça ne coûte rien. Le mieux, c'est de ne pas venir pour une seule chose. Viens le vendredi ek marmay, viens samedi ou dimanche si tu veux la foule et le kabar, et dans tous les cas prends le temps de faire le tour des stands avant d'aller t'asseoir devant la scène : c'est là que se trouve la moitié du festival que personne ne raconte. Prends de quoi t'asseoir, prévois la chaleur qui revient en cette fin d'hiver péi, et préviens tes dalon.ne.s — l'Est se mérite, la route est plus jolie à plusieurs.
Le programme détaillé se complète au fil des annonces : on suit ça sur la page GAYAR 2026 sur klf, avec le reste de l'agenda du mois.
Lékip klf
Quoi : GAYAR — le festival de la culture et de l'identité réunionnaise, sur le mot d'ordre « Mi yinm mon péi ! »
Quand : du vendredi 2 au dimanche 4 octobre 2026
Où : Parc du Colosse, Saint-André
Combien : entrée gratuite, les trois jours
Marraine 2026 : Votia
Au programme : plus de 120 exposants — musique, artisanat, cuisine, théâtre, arts visuels, kabar défilé, littérature, fonnkèr, ron kozé — Lékòl GAYAR (journée dédiée aux jeunes et aux familles), concerts, salon du livre
Organisation : Ville de Saint-André et association Komkilé
Page de l'événement : klf.re/event/gayar-2026
Les horaires détaillés et la programmation jour par jour sont publiés par les organisateurs jusqu'à la fin septembre : vérifie avant de te déplacer, en particulier pour la journée du vendredi, dont une partie s'adresse aux groupes scolaires.
Visuel de couverture : affiche officielle de l'édition 2026 du festival.