Wopé ! Il y a deux manières de raconter le Grand Raid. La première, c'est le chrono : qui gagne, en combien de temps, avec quel record. Beaucoup d'autres vont très bien le faire. La seconde, c'est tout ce qui tient debout autour — les sentiers réparés en catastrophe après les éboulis, les gens qui servent la soupe à trois heures du matin dans les Hauts, les villages qui voient passer 3 000 frontales dans la nuit. C'est celle-là qu'on a choisie.
La 34ᵉ édition du Grand Raid se court du jeudi 15 au dimanche 18 octobre 2026. Et cette année, il y a une vraie nouvelle : la Diagonale des Fous ne passe plus par Cilaos. Elle bascule sur Salazie. Ça change le parcours des coureurs, mais surtout — et c'est ce qui nous intéresse ici — ça change l'endroit où toi, tu peux aller les voir. On a pris la chose par quatre bouts.
1. L'île a changé de diagonale
Le départ ne bouge pas : Ravine Blanche, à Saint-Pierre, le jeudi soir, avec un départ annoncé à 22 h. L'arrivée non plus : le stade de La Redoute, à Saint-Denis. Entre les deux, 180 km et 10 200 mètres de montée, soit la plus grande distance de l'histoire de la course, avec une barrière horaire fixée à 66 heures. Trois mille dossards au maximum.
Le début du chemin est celui qu'on connaît : Domaine Vidot, Notre-Dame-de-la-Paix, l'aire du Nez-de-Bœuf, la traversée de la Plaine-des-Cafres, Mare à Boue, puis le coteau Kerveguen. C'est là que tout change. Au lieu de basculer vers Cilaos, les coureurs partent en direction du Cap Anglais, rejoignent le gîte de Bélouve et descendent sur Hell-Bourg. Le passage par le Col du Taïbit, Marla, la Plaine-des-Tamarins et le Col-de-Fourche disparaît. Ils repartent ensuite vers la Plaine des Merles, Îlet à Bourse, Grand Place et Roche Plate, remontent au Maïdo, et retrouvent la fin de parcours habituelle : chemin Ratinaud-Kalla, La Possession, la Grande-Chaloupe, le Chemin des Anglais, le Colorado, La Redoute.
Ce que ça veut dire concrètement, pour quelqu'un qui veut aller voir : Hell-Bourg entre dans la course. Un village créole classé, des cases à lambrequins, une route qu'on connaît tous, et des traileurs qui traversent en pleine journée du vendredi. Autant dire un des rendez-vous les plus faciles à vivre en famille de toute l'édition. Et rassure-toi pour Cilaos : le cirque ne sort pas du week-end pour autant, puisque c'est de là que s'élance le Trail de Bourbon le vendredi matin.
Un mot de prudence, quand même : l'organisation précise elle-même que le tracé peut encore être ajusté d'ici octobre, pour des raisons administratives, pratiques ou liées à l'état des sentiers. Avant de caler ta journée, vérifie la dernière version publiée.
En 1989, la course ne s'appelait ni « Grand Raid », ni « Diagonale des Fous », mais la Marche des Cimes. Elle faisait 112 km et partait du Barachois, à Saint-Denis, pour rejoindre Le Tremblet, à Saint-Philippe : exactement l'inverse d'aujourd'hui, du Nord vers le Sud. Environ cinq cents personnes prennent le départ cette année-là, un peu plus de trois cents arrivent au bout. Le nom « Grand Raid » ne devient définitif qu'en 1994. Quant au surnom, il viendrait d'un journaliste de course, Bernard Morin, écrivant pour la revue Jogging International : devant l'image des coureurs étirés en file sur la Plaine des Sables, il aurait parlé d'une « diagonale de fous », clin d'œil au film La Diagonale du fou. Depuis, le surnom a mangé le nom officiel.
2. Avant les coureurs, il y a ceux qui réparent le chemin
On l'oublie facilement quand on regarde une course dans la montagne : un sentier n'est pas un décor. C'est un ouvrage. Ça s'use, ça se ravine, ça s'effondre — et quelqu'un doit le remettre en état avant que des milliers de personnes y passent.
Janvier 2026 en a donné une démonstration. Des mouvements de terrain frappent Mafate, et le sentier Roche Plate – La Brèche — qui fait partie de l'itinéraire du Grand Raid 2026 — est fermé au public le 20 janvier, jugé trop dangereux. L'Office national des forêts et le Département engagent alors un chantier lourd : sécurisation de la falaise, purges, déblaiement mécanique des éboulis (plus de 50 mètres cubes de roche), remplacement du garde-corps arraché, remise en état du sentier et des mains courantes. Le passage rouvre début mars. D'autres secteurs ont connu le même traitement dans la foulée, comme la Canalisation des Orangers, où une nouvelle passerelle a dû être posée, ou le sentier Dos d'Âne – Deux Bras.
Ce travail-là ne s'arrête jamais. Début septembre encore, à quelques semaines de la course, le Département et l'ONF communiquaient sur la réhabilitation du sentier qui relie le Col des Bœufs à La Nouvelle — la grande porte d'entrée de Mafate, hors tracé de la course celle-là, mais empruntée par des dizaines de milliers de marcheurs. Objectif affiché : en finir avec les rustines et poser des ouvrages qui durent, avant la haute saison d'octobre.
Et si tu comptes marcher dans les Hauts en octobre, garde ça en tête : la liste des sentiers ouverts et fermés bouge régulièrement, par arrêté préfectoral. Ça se vérifie la veille, pas au parking.
C'est la fréquentation estimée du sentier Col des Bœufs – La Nouvelle. Sur ce chantier, on ne se contente pas de reboucher : reprise complète des écoulements avec drainages et dalots pour freiner le ravinement, reconstruction des marches, réhabilitation des pavages en pierre, platelages en bois surélevés pour franchir les zones humides. Avec une contrainte que personne n'imagine en marchant : les matériaux héliportés sont lavés avant d'être posés, pour ne pas importer d'espèces végétales invasives dans le cirque. Et parmi les équipes mobilisées, il y a des habitants du cirque et de l'îlet de La Nouvelle. Le chantier est financé à 80 % par des fonds européens.
3. Les deux mille qui ne courent pas
Sur les éditions récentes, l'organisation a mobilisé entre 2 000 et 2 500 bénévoles selon les décomptes publiés. Répartis sur les postes de ravitaillement, aux départs, à l'arrivée. Ce sont eux qui tiennent la nuit debout : remplir les bidons, réchauffer la soupe, retrouver un dossard dans le noir, dire à quelqu'un qui n'en peut plus qu'il reste moins que ce qu'il croit. Beaucoup reviennent chaque année, souvent au même poste. Ce n'est pas de la logistique, c'est une habitude collective — la même que celle qui fait qu'un kabar tient jusqu'au petit matin parce que quelqu'un s'est occupé du reste.
À côté d'eux, il y a nous. Le Grand Raid est sans doute le seul événement de l'île où l'on se lève à quatre heures du matin pour aller applaudir des inconnus. Le décor change selon l'endroit où tu te postes : le départ de Saint-Pierre, c'est le bruit et les frontales ; un ravitaillement des Hauts en pleine nuit, c'est le froid, les gobelets qui fument et les encouragements criés à des gens qu'on ne voit pas arriver ; le Maïdo, c'est la foule ; La Redoute, c'est l'émotion, surtout tard, quand ce ne sont plus les premiers qui rentrent.
Et si tu es pro dans un coin traversé par la course — table d'hôtes, gîte, boutique, snack, activité de loisirs —, ces quatre jours-là, il y a du monde qui bouge dans ton secteur, souvent en famille, souvent sans rien avoir prévu, et qui décide sur son téléphone en marchant. La règle ne change pas : mieux vaut une information juste à trois endroits qu'une belle page jamais mise à jour. Tes vrais horaires du week-end, sur tes réseaux et sur ta fiche d'annuaire klf, et l'essentiel est fait.
Le départ, à Saint-Pierre : le jeudi soir, l'ambiance la plus spectaculaire des quatre jours — arrive largement en avance, le secteur est fermé à la circulation bien avant.
Hell-Bourg : la nouveauté 2026, dans le cirque de Salazie, en pleine journée du vendredi. Le plus confortable pour venir ek marmay.
Le Maïdo : le passage mythique, avec du public partout. Il faut monter tôt et accepter la foule sur la route forestière.
Le stade de La Redoute : pour les arrivées. Les plus impressionnantes ne sont pas celles des premiers, mais celles des derniers.
Dans tous les cas : en altitude, la nuit d'octobre descend vite. Polaire, coupe-vent et lampe, même si tu ne comptes rester qu'une heure.
4. Cinq courses, une seule ligne d'arrivée
Le Grand Raid, dans la tête de tout le monde, c'est la Diagonale. En réalité, ce sont cinq courses qui convergent vers le même stade, et quatre d'entre elles sont nettement plus abordables que la grande.
Le Trail de Bourbon part de Cilaos le vendredi : 106 km, 6 200 mètres de montée, 1 400 coureurs. La Mascareignes s'élance de Hell-Bourg : 74 km, 3 800 mètres, 1 600 coureurs. Le Métis Trail, le plus récent et le plus court, part de Saint-Paul pour 51 km et 2 500 mètres, avec 700 dossards.
Et puis il y a le Zembrocal Trail, qui mérite qu'on s'y arrête. C'est un relais à quatre, au départ de Saint-Joseph : chacun prend son morceau — 37, 35, 49 puis 39 km — pour 160 km au total. 215 équipes sont attendues. Le nom dit bien ce que c'est : un zembrocal, ce plat où tout se mélange et où chacun apporte quelque chose. C'est le format des bandes de collègues, des clubs de quartier, des familles qui se répartissent les rôles, avec celui qui prend la portion de nuit parce que personne d'autre n'en voulait. Pour beaucoup, c'est la porte d'entrée dans le Grand Raid.
Mises bout à bout, ces cinq courses représentent près de 7 600 dossards si toutes les places trouvent preneur. À la présentation de l'édition, l'organisation annonçait une cinquantaine de nationalités engagées. Ça fait beaucoup de monde qui, pendant quatre jours, traverse à pied des endroits où la plupart d'entre nous ne sommes jamais allés — alors qu'on habite à quarante minutes.
Diagonale des Fous : 180 km · 10 200 m de montée · 3 000 places · départ Saint-Pierre, jeudi 15 octobre
Zembrocal Trail (relais à 4) : 160 km · 8 460 m · 215 équipes · départ Saint-Joseph
Trail de Bourbon : 106 km · 6 200 m · 1 400 places · départ Cilaos
Mascareignes : 74 km · 3 800 m · 1 600 places · départ Hell-Bourg
Métis Trail : 51 km · 2 500 m · 700 places · départ Saint-Paul
Arrivée commune : stade de La Redoute, à Saint-Denis, pour les cinq.
Alors, on se retrouve où ?
Si tu ne retiens que trois choses : c'est du 15 au 18 octobre, la Diagonale passe désormais par Salazie et Hell-Bourg, et il n'y a pas besoin de courir pour en faire partie. Choisis un endroit, un seul, et vas-y vraiment — un ravitaillement dans les Hauts au milieu de la nuit t'en apprendra plus sur nout péi qu'une journée entière devant l'écran de l'arrivée. Prends de quoi avoir chaud, prends de quoi t'asseoir, préviens tes dalon.ne.s, et laisse la voiture le plus loin possible : en octobre, dans les Hauts, c'est toujours la place de parking qui coince avant les jambes.
Le reste de ce qui bouge au péi ce mois-là est dans l'agenda klf.
Lékip klf
Quoi : le Grand Raid de La Réunion, 34ᵉ édition — cinq courses de trail à travers l'île
Quand : du jeudi 15 au dimanche 18 octobre 2026
Départ de la Diagonale des Fous : Ravine Blanche, Saint-Pierre, jeudi 15 octobre, 22 h annoncées
Arrivée de toutes les courses : stade de La Redoute, Saint-Denis
La grande nouveauté : la Diagonale ne passe plus par Cilaos mais par le Cap Anglais, Bélouve et Hell-Bourg (cirque de Salazie)
Combien pour regarder : rien, c'est gratuit sur tout le parcours et au stade
Organisation : association Le Grand Raid, à Saint-Denis
Suivre la course : application officielle du Grand Raid, suivi en ligne dossard par dossard, retransmission télé et radio locale
Le tracé et les horaires de passage peuvent encore être ajustés d'ici octobre : vérifie la dernière version publiée par l'organisation avant de te déplacer, en particulier si tu vises un point en altitude.
Photo de couverture : le cirque de Salazie vu depuis le refuge de Bélouve — Jean-Louis Sicot, licence Creative Commons BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.