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Rouge Ruelle 2026 : trois jours où Saint-Benoît se raconte par l'eau

Les 18, 19 et 20 septembre, le festival du patrimoine vivant de Saint-Benoît revient pour sa troisième édition, sur le thème des eaux vives. Quatre manières d'entrer dans le week-end : les rivières, un tout petit poisson, les mains qui savent encore faire, et tout ce que ça met en mouvement autour.

lL'équipe klf 30 août 2026 9 min de lecture

Wopé ! Il y a des villes qu'on traverse sans s'arrêter. Saint-Benoît, souvent, c'est ça : un rond-point, un feu, et la route qui continue vers le Sud sauvage ou qui monte vers la Plaine. Trois jours par an, le centre-ville arrête tout le monde. Les vendredi 18, samedi 19 et dimanche 20 septembre, le festival Rouge Ruelle revient pour sa troisième édition, sur l'esplanade du front de mer et dans les rues du centre, dans le cadre des Journées européennes du patrimoine. Le thème de l'année tient en deux mots : les eaux vives. Et pour une fois, le thème n'a rien de décoratif. On a pris le week-end par quatre bouts.

1. Le thème, c'est la carte d'identité de la ville

« Les eaux vives », à Saint-Benoît, ce n'est pas une formule trouvée en réunion. C'est ce qui borde la commune, ce qui la traverse, ce qui la coupe en deux quand il pleut fort. Au nord, la rivière des Roches marque la limite avec Bras-Panon. Au sud, la rivière de l'Est sépare de Sainte-Rose. Entre les deux, la rivière des Marsouins descend des hauts et vient finir sa course juste à côté du front de mer. Ajoute les bassins, les cascades, les îlets, et les forêts des hauts : on est sur la côte au vent, celle qui prend l'eau la première et qui en a fait un paysage.

Le festival prend le thème au mot plutôt qu'au figuré. Sur les berges de la rivière des Marsouins, on peut monter dans un kayak. Sur l'esplanade, deux films sont projetés en plein air, sur transat, à 13h30 et 18h30 : « Bassin Bleu » et « Îlet Coco », de Didier Grondin et Christian Thoulon, deux hommages aux paysages d'eau du coin. Regarder un bassin sur un écran, à cent mètres de la rivière qui l'alimente : c'est exactement le genre de décalage qui fait qu'on regarde autrement en repartant.

Du battant des lames au sommet des montagnes
La formule est celle que la commune emploie elle-même pour se décrire, et elle est littérale : le territoire part du littoral et monte jusqu'aux hauts. Avec près de 23 000 hectares, Saint-Benoît est la deuxième commune de l'île par la superficie, et une bonne part de ses hauts se trouve dans le cœur du parc national — Takamaka, Bébour-Bélouve, le Grand Étang. Autrement dit : la ville qu'on voit depuis la quatre-voies, c'est le bas d'une commune qui continue très loin derrière, là où naissent justement les eaux vives.

2. Sur la fresque, un tout petit poisson tient la vedette

Le morceau le plus visible du week-end, c'est une fresque monumentale qui transforme l'esplanade du front de mer en galerie à ciel ouvert, visible du 18 au 20. Le principe : des photographies historiques issues de l'Iconothèque et des archives patrimoniales, mises en dialogue avec des créations d'aujourd'hui — l'exposition annoncée réunit les travaux de Pauline Bachel, Victor Erapa, Le Paon Atypique, Claire Maréchal et Maca Larosa. Le fil qui traverse tout ça : la pêche aux bichiques.

Pour qui n'a jamais vu la scène : le bichique est l'alevin de deux espèces de cabots bouche-ronde. Les adultes pondent en amont des rivières, le courant emporte les œufs jusqu'à la mer, et les petits reviennent ensuite remonter les cours d'eau. Quand ça arrive, la nouvelle circule vite — bichik la monté ! — et les vouves, ces nasses coniques posées dans des canaux aménagés à l'embouchure, se remplissent. Saint-Benoît est réputée pour ses bichiques comme elle l'est pour ses letchis : c'est un des rares plats dont le prix se raconte de bouche à oreille comme une nouvelle du jour.

Canaux de pêche aux bichiques à l'embouchure de la Rivière des Roches, à La Réunion

Les canaux de pêche aux bichiques à l'embouchure de la Rivière des Roches. Les lignes claires posées en travers du courant, ce sont les pêcheries.

Le calendrier fait bien les choses : la saison de pêche du bichique ouvre le 1er septembre. Quand la fresque s'installe sur l'esplanade, ça fait donc à peine plus de deux semaines que les vouves sont reposées dans les rivières. Ce qui est accroché sur les panneaux n'est pas un souvenir de grand-père : c'est en train de se passer à quelques kilomètres de là.

Deux espèces, six mois, trois kilos
Sous le mot « bichique » il y a en réalité deux espèces : le « gros bichique » (Sicyopterus lagocephalus), présent dans toute la zone indo-pacifique, et le « bichique fine » (Cotylopus acutipinnis), endémique des Mascareignes — il n'existe nulle part ailleurs qu'ici et chez nos voisins. Les deux sont aujourd'hui considérées comme gravement menacées par les services de l'État, ce qui a conduit à encadrer la pêche : elle n'est ouverte que de septembre à février, soit six mois sur douze, et un pêcheur de loisir ne peut poser que deux vouves, pour trois kilos par jour au maximum, sans pêche de nuit. Mettre ce poisson-là au centre d'une fresque sur le patrimoine, ce n'est pas neutre : c'est aussi une manière de rappeler qu'un patrimoine peut être vivant… et fragile.

3. Les mains qui savent encore faire

Le samedi 19, de 10h à 18h, l'esplanade se transforme en atelier géant. On peut s'initier à la vannerie — le tressage du vacoa, avec Bertèl Péi et d'autres artisan.e.s — et regarder une démonstration de taille de pierre avec Emmanuel Banor. Le programme annoncé prévoit aussi de fabriquer un mini-kayamb et de découvrir la peinture en lettres, celle qui donnait leurs enseignes aux boutiques d'avant.

Ce qui rend ces ateliers intéressants, ce n'est pas la performance technique : c'est le temps. Tresser une feuille de vacoa, tailler un bloc, tracer une lettre à la main : chaque geste prend le temps qu'il prend, et ce temps-là ne se raconte pas, il se regarde. Emmène marmay, laisse-les essayer, et observe combien de minutes ils tiennent avant de comprendre que c'est difficile.

Le reste de la journée joue sur le même registre : un jeu de piste autour des métiers lontan, avec des comédien.ne.s costumé.e.s, une balade en calèche du front de mer jusqu'au centre-ville historique avec un guide, des parcours patrimoniaux contés, et le Salon rouge, un coin de lecture aménagé avec les livres des médiathèques, pour les petits comme pour les grands. C'est le genre d'endroit où on s'assoit « deux minutes » et où on lève la tête une demi-heure plus tard.

Avant les eaux vives, il y a eu la Chine et l'Inde
Rouge Ruelle change de fil rouge chaque année, et met à l'honneur une figure, une culture ou une tradition du péi. Pour la première édition, en septembre 2024, c'est la ruelle Mavoulouque qui avait été investie, avec une exposition consacrée à Georges Pichan, figure marquante de la ville, et une exploration des liens entre La Réunion et la Chine ; l'ancienne gare ferroviaire et le local des boulistes servaient de salles d'exposition, et le week-end s'était fini en musique sur l'esplanade. En 2025, la deuxième édition explorait les liens avec l'Inde, à travers des figures bénédictines. Détail qui dit tout de l'esprit de la chose : cette année-là, le concours du meilleur samoussa a été remporté par un samoussa… au bichique.

4. Ce que ça met en mouvement autour

Un festival de rue, vu du trottoir, ça ressemble à une journée qui coule toute seule. Derrière, il y a une commune, une association — Rouge Ruelle est porté par la Ville de Saint-Benoît et l'association La Vitrine —, des partenaires culturels du territoire, des artisan.e.s, des guides, des équipes techniques qui montent des panneaux le vendredi et les démontent le dimanche soir.

Il y a aussi tout un tissu qui travaille pendant ces trois jours. Le marché d'art et du patrimoine réunit des créateur.rice.s et des artisan.e.s de tous horizons, et un espace de restauration tient l'esplanade jusqu'en soirée. En parallèle, « Les chemins du patrimoine » proposent le samedi et le dimanche des parcours guidés dans toute la commune : temple, vestiges d'usine sucrière, îlet, bassin, sentier, distillerie, et même une initiation à la pêche aux bichiques sur la rivière des Roches. Autant de portes d'entrée pour des gens qui, sinon, ne se seraient pas arrêtés.

Pour un.e pro installé.e dans le coin — restauration, hébergement, boutique, activité de loisirs — un week-end comme celui-là ressemble beaucoup à un week-end de festival : du monde qui se déplace, souvent en famille, souvent sans avoir rien réservé, et qui décide sur son téléphone en marchant où il va manger ou dormir. La règle ne change pas : mieux vaut une information juste sur trois canaux qu'une belle page jamais mise à jour. Tes horaires réels du week-end, sur tes réseaux, sur ta fiche d'annuaire — la fiche klf comme les autres — et l'essentiel du travail est fait.

Alors, ti bouge ankor ?!

Si tu ne retiens que trois choses : c'est du 18 au 20 septembre, c'est dans l'Est, et ça ne se répète pas avant un an. Le mieux, c'est d'y aller sans programme précis : se garer, remonter la fresque en entier, s'asseoir devant une projection, tresser une feuille de vacoa, et finir par un tour en calèche jusqu'au centre-ville. Préviens tes dalon.ne.s, prends le temps de la route — l'Est se mérite — et laisse la journée faire le reste.

Le programme se complète au fil des annonces : on le rassemble sur la page Rouge Ruelle 2026 sur klf.

Lékip klf

En pratique
Quoi : Rouge Ruelle, 3e édition — le festival du patrimoine vivant de Saint-Benoît, dans le cadre des Journées européennes du patrimoine
Quand : du vendredi 18 au dimanche 20 septembre 2026 — grosse journée le samedi 19, à partir de 10h
 : esplanade du front de mer (rue Bertin) et centre-ville de Saint-Benoît ; parcours guidés dans toute la commune le samedi et le dimanche
Le thème 2026 : les eaux vives
Au programme : fresque monumentale à ciel ouvert, ateliers de savoir-faire, projections en plein air sur transat, marché d'art et du patrimoine, salon de lecture, jeu de piste, balades en calèche, kayak, espace de restauration
Organisation : Ville de Saint-Benoît et association La Vitrine
Page du festival : klf.re/festival/rouge-ruelle-2026
Les horaires détaillés, les tarifs éventuels et les inscriptions aux visites sont publiés par les organisateurs jusqu'à la mi-septembre : vérifie la veille avant de te déplacer, les parcours guidés partent souvent avec un nombre de places limité.

Photo dans l'article : pêche aux bichiques sur la Rivière des Roches, novembre 2004 — Bouba, licence CC BY-SA 2.5, via Wikimedia Commons. Visuel de couverture : affiche officielle de l'édition 2026 du festival.

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