Au-dessus de ta tête, rien du tout. C'est la première chose qu'on remarque au TÉAT Plein Air, à Saint-Gilles : le plus vieux théâtre de l'île n'a jamais eu de toit, et à la nuit tombée on y écoute de la musique sous le ciel étoilé. Les gradins, eux, s'attrapent à tous les niveaux — tu choisis ta hauteur. En bas, le plateau. Tout autour, la savane sèche de l'ouest. Derrière, l'océan qui change de couleur pendant que les technicien.ne.s finissent les balances. Et par-dessus tout ça, le ciel — le seul plafond que cette salle ait jamais eu.
C'est le terrain qui a dessiné la salle
Ici, on n'a presque rien creusé. La colline descendait déjà avec la bonne inclinaison, alors les gradins ont été posés dessus, en hémicycle, en suivant simplement la pente. Une économie de chantier devenue une qualité de salle : les rangs sont bien inclinés, tu vois par-dessus la tête de la personne assise devant toi, et le son n'a nulle part où rebondir — ni écho, ni résonance.
Le reste, c'est du béton brut, laissé tel quel, sans peinture ni décor. Il chauffe toute la journée, et il te rend la chaleur dans le dos pendant le concert. Ceux qui arrivent en avance le savent : on s'assoit en haut, on attend que le soleil tombe, et on regarde les lumières de Saint-Gilles s'allumer une par une en contrebas.
Une salle qui regarde le ciel avant le programme
Un théâtre sans toit, ça veut dire une salle qui vit avec le temps qu'il fait. Ici, on ne consulte pas seulement l'affiche, on jette aussi un œil au ciel. Quand les soirées se réchauffent, la saison repart : du séga début octobre, du jazz à la fin du mois, et du rock au Badamier — la petite scène du site — au fil de la programmation. Et un samedi matin par an, on peut y entrer sans payer, en plein jour, pour aller voir les coulisses et le dessous de la scène.
C'est peut-être ça, la vraie particularité du lieu : ce qu'il ajoute à ce qui s'y joue. Un artiste qui monte là partage l'affiche avec le paysage — le vent dans les arbres, les oiseaux qui rentrent, le bruit lointain de la route. Personne ne demande le silence, et pourtant tout le monde se tait.
📍 Le pratique
TÉAT Plein Air, route du Théâtre, 97434 Saint-Gilles-les-Bains (commune de Saint-Paul). Téléphone : 0262 41 93 25. Les prochaines dates : samedi 3 octobre à 20 h, « Séga sous le ciel créole » avec Dominique Barret ; mardi 20 octobre à 20 h, « Life as it is » avec le Olivier Ker Ourio 4tet. Prévois un pull : ça fraîchit dès que le soleil tombe.
🕰️ Avant le théâtre, il y avait la savane
Tout part d'une décision prise en décembre 1964 : doter l'île d'un vrai théâtre, dans un coin peu pluvieux et pas trop loin de Saint-Denis. Saint-Gilles est choisi pour son climat — et pour sa pente. La première pierre est posée en 1968, les plans sont signés des architectes Jean Tribel et Gilbert Royer, et le théâtre est inauguré en 1970, à l'occasion du premier Festival de l'océan Indien. La notice officielle en compte 824 gradins, extensibles à 1 024 quand on ajoute des rangs. Le béton brut, longtemps jugé austère, est aujourd'hui ce qui fait sa valeur : l'ensemble est inscrit aux monuments historiques depuis le 9 juillet 2012, sol compris. Cinquante-six ans plus tard, il n'a toujours pas de toit — et personne n'a jamais proposé de lui en mettre un.
Alors si tu n'y es jamais monté.e, vise une soirée d'octobre : arrive tôt, et si tu peux, installe-toi tout en haut — c'est de là qu'on voit le mieux la mer. Et si tu veux garder un œil sur la suite, la fiche du lieu sur klf affiche ses prochaines dates au fur et à mesure ; le reste de ce qui bouge sur l'île est dans l'agenda.
Photo : les gradins et la scène du TÉAT Plein Air, à Saint-Gilles-les-Bains — © Thierry Caro (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0).
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